à LIRE et à RELIRE / Bibliothèque n°4

Cette nouvelle rubrique "à LIRE et à RELIRE" présente succintement quelques ouvrages en référence à la psychothérapie institutionnelle, à la psychanalyse, au travail en institution, avec des personnes autistes, psychotiques... Pour chaque livre présenté, nous reprenons la quatrième de couverture de l'éditeur. Pour d'autres lectures, nous vous invitons également à la rubrique "Réflexions / Notes de lectures".

biblio 1 / biblio 2 / biblio 3


AUBRY Jenny. Psychanalyse des enfants séparés : Études cliniques, 1952-1986.

Denoël, Collection L'espace analytique, 2003

Médecin des hôpitaux, pédiatre, neuropsychiatre, psychanalyste, membre fondateur de l'Ecole freudienne de Paris, Jenny Aubry (1903-1987) fut la première en France à s'intéresser au destin des très jeunes enfants séparés de leur famille. Dés 1946, elle avait eu conscience de l'effet désastreux de la carence des soins maternels en prenant la direction d'un dépôt de l'assistance publique - la fondation parent de Rosan - où étaient hébergés soixante enfants fort bien traités par des infirmières qui ne s'occupaient que de leur santé et de la propreté des lieux. Privés de parole, d'affect de désir, ils poussaient des grognements, demeuraient immobiles pendant des heures durant, léchaient les barreaux de leur lit ou s'arrachaient les cheveux. Jenny Aubry démontra que ces enfants souffraient de problèmes psychiques qui les condamnaient à la délinquance, à l'autisme ou à la folie. Il fallait donc mener avec eux un travail de psychothérapie précoce, seul capable de les sauver de l'enferment dans le silence et le néant. L'idée était nouvelle et subversive. Elle s'est imposé aujourd'hui dans toutes les institutions hospitalières. En 1963, poursuivant sa lutte en faveur des enfants séparés, Jenny Aubry créa, à l'hôpital des Enfants malades, la première consultation de psychanalyse dans un service de pédiatrie. J'ai réuni ici les principales études cliniques réalisées par Jenny Aubry entre 1952 et 1986, et destinées aux praticiens de l'enfance en détresse : psychologues, éducateurs, assistantes sociales, médecins, psychiatres. Rédigées dans un style incisif, portées par une souveraine espérance, elles témoignent que, pour l'enfant, même atteint des pires blessures de l'âme et du corps, rien n'est jamais jouée d'avance.


ELIACHEFF Caroline et SZEJER Myriam. Le bébé et les ruptures : Séparation et exclusion.

Albin Michel, Collection La cause des bébés, 2003

Séparation et exclusion : les deux thématiques sont intimement associées, la première appelant souvent la seconde. Au coeur de chacune, un lien menacé, malmené par l'histoire, et pourtant vital pour l'adulte en devenir qu'est le bébé. Ce lien commence avec les premières perceptions foetales, se construit plus tard dans le langage, avec la mère, la famille et l'entourage, puis vient s'inscrire plus largement dans la société.
Les spécialistes qui ont participé à ce recueil (psychanalystes, médecins, historiens, chercheurs, sages-femmes, travailleurs sociaux...) s'attardent, chacun, sur une facette de ce lien et réfléchissent aux pratiques médicales et sociales qui le mettent en danger ou peuvent, au contraire, contribuer à le consolider. L'intégration sociale, lent processus débutant dès la naissance, ne peut en effet s'accomplir que par l'écoute attentive et respectueuse du tout-petit. Cela suppose la mise en place de structures souples favorisant la restauration et le développement de ces liens vitaux qui permettront ensuite à l'enfant, puis au jeune adulte, de trouver sa place dans la société.

Avec la collaboration de Elvidina Adamson-Macedo, Frédérique Authier-Roux, Philippe Béague, Micheline Blazy, Marie-Claire Busnel, Liliane Daligand, Paul De Reu, Michel D'haene, Catherine Dolto, Brigitte Dumont, Caroline Eliacheff, Christiane de Halleux, Marie-Thérèse Hermange, Louise L. Lambrichs, Marie-Christine Laznik, Pierre Lequien, Didier Lett, Dominique Leyronnas, Pierre Orgeur, Paul De Reu, Myriam Szejer, Maurice Titran.

Caroline Eliacheff et Myriam Szejer, sous la direction desquelles sont rassemblés ces textes, sont toutes deux pédopsychiatres et psychanalystes, vice-présidente et présidente de La Cause des bébés. Les auteurs, parmi lesquels Catherine Dolto, les Pr. Pierre Lequien et Liliane Daligand, Marie-Claire Busnel, Maurice Titran…..sont tous spécialistes de la petite-enfance impliqués sur le terrain, reconnus dans les milieux professionnels, et parfois plus largement encore.


LEBRUN Jean-Pierre et VOLCKRICK Elisabeth (sous la direction de). Avons-nous encore besoin d'un tiers?

Editions Erès, Collection "Humus, subjectivité et lien social", 2005

La référence à la norme spontanément admise et reconnue par tous, à l’idéal implicitement partagé, à la hiérarchie véhiculée par la tradition que les générations se donnent la charge de transmettre, autrement dit au Tiers, est aujourd’hui remise en cause. Nous voulons être une société pluraliste, évoquant des références diverses, prenant en compte différents modèles culturels et donnant place aux singularités. La coordination de l’action collective en est rendue d’autant plus complexe. Il faut désormais arriver à construire des normes à plusieurs, en fonction des situations, avec les protagonistes eux-mêmes, au cas par cas.

Dans le même mouvement, nous entendons de plus en plus qu’« il manque du tiers », qu’« il faudrait davantage faire tiers », qu’« il y a moyen de faire tiers autrement qu’en se référant au grand Tiers d’hier » ! Mais en un mot comme en cent, la question se pose avec acuité : qu’est-ce encore que le Tiers, qu’un tiers ?

C’est cette interrogation qu’ont soutenue, pendant cinq ans, des psychanalystes, philosophes, sociologues..., au sein d’un groupe de travail dans le cadre du Département de communication de l’Université de Louvain. Ils font ici le point sur leurs débats.

Jean-Pierre Lebrun est psychiatre et psychanalyste à Namur (Belgique).
Elisabeth Volckrick est sociologue à l’Université de Louvain (UCL).


LEBRUN Jean-Pierre. La perversion ordinaire. Vivre ensemble sans autrui.

Denoël, 2007

Des changements majeurs, accélérés par divers progrès techniques, ont mis à l'épreuve tous les repères jusqu'ici les plus stables dans la vie en société: le mariage, la procréation, les rapports entre les générations, la différence des sexes, l'éducation, l'autorité dans la famille, à l'école et dans toute la vie collective, le passage à l'âge adulte, etc. Léquilibre psychique des individus - leur subjectivité - s'en retrouve modifié d'une manière inédite dans l'histoire de l'humanité. C'est à une réelle mutation du lien social qu'on assiste. Parmi les conséquences majeures de ce phénomène, on peut notamment repérer la prévalence accordée à la jouissance par rapport au désir, le rejet de la nécessité de se confronter à la dimension de la perte, le refus du recours au tiers au profit des simples situations duelles, l'illusion d'une nouvelle autonomie subjective et même une tentative, en fin de compte, de vivre ensemble sans autrui. On peut voir là à l'œuvre un fonctionnement psychique fondé sur un mécanisme - le déni - que Freud considérait central dans la perversion. Sommes-nous donc tous en train de devenir pervers? Certainement pas si l'on veut parler du renversement du rapport à la Loi que l'on constate chez Sade ou Sacher-Masoch. Mais les évolutions en cours nous invitent à adopter des comportements qui relèvent de ce qu'on pourrait appeler une " perversion ordinaire ", propre à notre époque, qui vient se substituer en partie à la " névrose ordinaire " d'hier.

Jean-Pierre Lebrun, psychiatre et psychanalyste, ancien président de l'Association freudienne internationale, est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Un monde sans limite (Erès, 1997 ) et, en collaboration avec Charles Melman, L'Homme sans gravité ( Denoël, 2002).


OURY Jean. Essai sur la conation esthétique.

Editions Le Pli, Collection Clinique et Création, 2005

Présentée en 1950 sur la base d'un travail engagé avec Jean Dubuffet, la thèse de Jean Oury est une occasion " d'essayer de démystifier des idées, des mots dont on abuse, l'art, la folie, les schizos, la création, etc. " Précédée des textes parus dans les cahiers de l'Art Brut sur Auguste Forestier, Arneval, Aimable Jayet, cette publication offre " l'intérêt scripturaire d'une époque, celle de la fin des années quarante, avec cette misère encore toute proche qui nous obligeait à retisser dans le silence une toile déchirée, arrachée, effilochée. Travail sur un effilochage ! C'est peut-être ça, sans prétention d'œuvre, même pas "d'absence d'œuvre", comme le disaient Mallarmé et Blanchot. Au plus proche peut-être de ceux qui ont cette naïveté bizarre de ne pas trop savoir ".

Médecin directeur de la clinique de La Borde qu'il a fondée en 1953 dans le mouvement de la psychothérapie institutionnelle, Jean Oury est l'auteur de : Préfaces en 2004, A quelle heure passe le train... Conversations sur la folie, avec Marie Depussé en 2003, Psychiatrie et Psychothérapie institutionnelle en 2001, Les Séminaires de La Borde en 1998, l'Aliénation en 1992, Création et schizophrénie en 1989, Le Collectif en 1986, Pratique de l'institutionnel et politique, avec Félix Guattari et François Tosquelles en1985, Onze heures du soir à La Borde en 1980, Il, donc en 1978.


Haut de page

BERGER Jacqueline, Sortir de l'autisme

Editions Buchet/Chastel, Paris, 2007

L 'autisme n'est pas une fatalité. Tel est le fil conducteur de cet essai à contre-courant d'une époque qui renonce à soigner les difficultés psychiques et étiquette les individus dès le plus jeune âge. Jacqueline Berger examine pourquoi et comment la croyance en une " Cause " génétique à l'autisme est devenue dominante. Elle s'insurge contre l'abandon de ces enfants qui ne se construisent pas comme les autres dans un monde avide de vitesse, de rentabilité, de puissance et de jouissance.

Sortir de l'autisme concerne tout le monde, parce que les " autistes " sont le signe autant que le produit de la désagrégation du lien à autrui. Miroir grossissant de nos propres souffrances, ils sont peut-être notre ultime chance d'ouvrir notre regard.

Jacqueline Berger est journaliste à Libération depuis 1989, et mère de jumelles de seize ans ayant souffert d'un syndrome autistique.

Voir la note de lecture


 

 

 

 

 

 

 

Haut de page